Recruter des entrepreneurs pour créer ou reprendre des entreprises en Lot-et- Garonne. Parce que de nombreux chefs d’entreprises atteignent l’âge de la retraite et beaucoup ont du mal à trouver quelqu’un à qui transmettre leur affaire. Pour ma part, je suis persuadé que le balancier qui a vidé les campagnes de leur population depuis un siècle est reparti dans l’autre sens et qu’aujourd’hui l’espace rural attire. Nous avons voulu nous adresser aux artisans, commerçants, chefs d’entreprise et cadres supérieurs à potentiel entreprenarial qui ont l’intention de quitter l’agglomération parisienne, parce qu’ils sont lassés des embouteillages, de la pollution, du prix des loyers, des temps de transports interminables, de l’étroitesse des logements, du manque d’espace et de verdure, de l’insécurité... et leur indiquer un chemin vers le Lot-et-Garonne.
L’objectif fixé à l’agence de communication était de réaliser non pas une campagne d’image, montrant un Lot-et- Garonne où il fait bon vivre, mais une campagne de recrutement, la cible étant ceux qui souhaitent changer de vie. Le message devait donner à cette cible l’envie de franchir le pas. Changer de vie est une aventure : il faut un projet économique, se déraciner, apprendre un nouveau mode de vie… Aussi la promesse publicitaire a porté sur l’accompagnement de ces « aventuriers » porteurs de projet. Le frein au changement de vie, chez des personnes pourtant déterminées, vient de la complexité des démarches. Aussi le Conseil général a proposé, pour lever cet obstacle, un accompagnement individualisé, visant à aplanir ces difficultés, et à guider les porteurs de projet depuis le jour de leur décision jusqu’à leur installation, en les aidant sur les terrains professionnel et personnel. La campagne a mis en rapport une offre, celle du département qui se mobilise pour accueillir des créateurs d’emplois, avec une demande, celle d’entrepreneurs franciliens qui aspirent à une meilleure qualité de vie.
Avez-vous été surpris des résultats ?
Oui, je l’avoue. Car la presse, en particulier la télévision, s’est intéressée très vite à notre campagne, et a démultiplié par 1 000 les effets de notre publicité ! Dès le passage d’un reportage au journal de 20 h de TF1, notre standard a été saturé. Les appelants ne venaient pas seulement d’Île-de-France mais de toute la France. D’ailleurs, aujourd’hui, ceux qui se sont installés en Lot-et-Garonne suite à cette opération viennent de partout, de l’Est, du Nord, du Poitou… L’engouement a été extraordinaire : il fallait voir, en novembre 2003, le défilé des candidats, certains passant à la Maison de l’Aquitaine* sans rendez- vous, prenant le risque de ne pas être reçus. Je me souviens en particulier d’une dame essoufflée : « je viens de Conflans- Sainte-Honorine, j’ai fait une heure et demie de transport pour venir ici, je vous en prie, recevez-moi ! » « Mais pourquoi venir sans rendez-vous ? » « Parce que je me suis dit qu’avec le succès de votre opération, vous alliez être débordés, alors en venant, j’ai une chance de passer entre les mailles du filet. » Bien sûr, nous l’avons reçue ! Comme tant d’autres, elle avait l’impression d’avoir pris une décision capitale, d’être à un tournant de sa vie. Et elle voulait être soutenue. Pas financièrement : les demandes de subventions n’ont jamais été premières. Heureusement, car nous n’avions, de ce point de vue, rien de particulier
à offrir. Aucune somme d’argent n’avait été prévue : les aides pour ces nouveaux arrivants sont exactement les mêmes que pour les Lot-et-Garonnais. Mais ce que demandaient les candidats, c’était une écoute, une aide morale, et surtout, la connaissance du terrain qui leur manquait. La campagne a révélé un besoin, celui d’un guichet unique pour les porteurs de projets, créateurs ou repreneurs d’entreprises. Beaucoup de candidats n’avaient jamais entendu parler du Lot-et-Garonne, c’est le fait de pouvoir parler de leur projet qui les a attirés.
Comment avez-vous fait pour leur apporter ce dont ils avaient besoin ?
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| JM Fillieule, l'interlocuteur privilégié des franciliens.
(Source:T. Nectoux) |
Ce qui fut remarquable, c’est que s’il y a eu engouement à Paris, il y a eu une mobilisation exemplaire à Agen. Des bénévoles, souvent retraités mais aussi actifs, ont mis leurs connaissances du monde de l’entreprise et du département au service de cette opération. Les chambres consulaires, chambre de Métiers et CCI, ont tout mis en œuvre pour répondre à la demande. Et ce ne fut pas tâche facile, car la charge de travail était lourde. Chaque candidat a reçu une ou plusieurs propositions. Et, dans les faits, le guichet unique existe maintenant, réunissant les chambres, les banques, les experts comptables, les services de l’Etat… Regroupées au sein du Ciel, Comité d’initiative économique locale, que je préside, ces institutions font régulièrement le point sur les retombées de l’opération. La dernière réunion a eu lieu en octobre, et une fois de plus, chacun s’est félicité d’une meilleure coordination entre tous, d’une plus rapide circulation de l’information, et d’un bon climat de travail. Il est vrai qu’il est toujours plus agréable de gérer l’abondance que la pénurie, et aujourd’hui, nous avons plus de demandes que d’offres, car les cédants mettent souvent du temps à prendre une décision. C’est pourquoi la Région Aquitaine, partenaire de l’opération, nous a demandé de lui transmettre un certain nombre de dossiers, pour que les départements voisins bénéficient aussi de notre campagne.
Concrètement, quels sont les résultats ?
Le 15 novembre 2004, 50 entreprises installées, 26 reprises et 24 créations, chiffre qui devrait doubler d’ici six mois. Mais au-delà de ces chiffres, ce qu’il faut apprécier, c’est que le nombre des créations d’entreprise par des Lot-et-Garonnais a aussi considérablement augmenté. Et c’est aussi que maintenant, quand, à Paris, je dis que je retourne en Lot-et-Garonne, plus personne ne me demande où c’est ! On me dit plutôt « ah oui, vous avez quinze jours pour quitter Paris ! ».
Propos recueillis par B.O.