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Entreprendre / Reportages / IPM Marmande

IPM Marmande - Imprimerie photogravure marmandaise
(article extrait du magazine Confluent n° 57)

Dans le langage populaire, on dirait de lui que c'est un patron qui« mouille sa chemise ». En effet, depuis 14 ans à la tête de l'Imprimerie photogravure marmandaise, Yves Brandinali n'a pas ménagé ses efforts pour en faire une imprimerie ultramoderne.
D’ailleurs, la Ryobi cinq couleurs, qu’il vient d’acquérir est unique en France.


IPM Marmande - Imprimerie photogravure marmandaise
IPM Marmande
(Source:E. Rignault)
Par ce matin de juillet, 30° à l'ombre, les Brandinali se sont levés à 5 heures. Quelques collerettes pour bouteilles à plier justifient la présence, un samedi, de la famille dans l'imprimerie, Yves le créateur et patron, Monique sa femme, Cyril, le fils de 30 ans, Nelly, la belle-fille ; Coline, la petite dernière de 4 mois gazouille dans sa chaise de bébé. IPM emploie onze personnes « engagées au feeling et ormées sur le tas », mais est avant tout une aventure familiale orchestrée autour d'un patron qui est dans l'imprimerie depuis 37 ans.

« Drôle, tu seras imprimeur »

Les ordinateurs sont le cerveau, la mémoire et la force de création de l'imprimerie IPM
Imprimerie IPM
(S:E. Rignault)
Rien ne prédestinait pourtant Yves Brandinali à l'imprimerie.
Son père, boucher à Talence, rêvait d'en faire un charcutier. Il fuit cette décision pour devenir dessinateur industriel en mécanique et part en Alsace. De retour au pays, il connaît le chômage, son père se fâche : « drôle, tu te leurres, tu ne trouveras pas de travail dans ton domaine. Il faut changer de voie. » Ouvrant alors un quotidien régional, il pointe au hasard une petite annonce. Le destin du fils est joué : il sera manœuvre dans une imprimerie.
Il va gravir tous les échelons du métier et en apprendre toutes les subtilités. Fort de son expérience (dix ans dans la photogravure et la création), il achète, il y a 14 ans, l'imprimerie Bordes de Marmande. Baptisée IPM, elle traite aujourd’hui des tonnes de papier par an et son savoir-faire est reconnu. « On est au dernier cri de
l'imprimerie, précise Yves Brandinali, le parc machines s’automatise. »

La Ryobi 755

Cyril Brandinali suit les traces de son père et apprend toutes les subtilités du métier. Ici, il se familiarise avec la Ryobi cinq couleurs que l'imprimerie vient d'acquérir. Il s'agit de l'unique exemplaire français
Cyril Brandinali suit les traces de son père
(Source:E. Rignault)
Sur 1 200 m2, rue de la Cale, au cœur de Marmande, règne une ambiance impressionnante. « On peut tout faire de A à Z dans le domaine de l'imprimerie, création, photogravure, pré-presse, impression typo, Offset, dorure à chaud, façonnage. » A l'étage, le numérique règne en maître : les ordinateurs pilotés par des artistes et des techniciens de la couleur sont le cerveau de l'entreprise, sa mémoire et sa force de création.
Au rez-de-chaussée, les machines. Elles ne s'arrêtent jamais. La dernière arrivée est la Ryobi 755 cinq couleurs. « Nous sommes les premiers en France à la posséder. Cette presse entièrement automatisée a la particularité de traduire à 90 % les valeurs numériques des courbes d'encrage et de les envoyer sur chaque groupe de la cinq couleurs. Les calages et les repérages couleurs se font sans intervention humaine d'où un gain de temps et de matière première très important. Les lavages de la machine sont aussi entièrement automatisés, » explique l'imprimeur. Mais pourquoi avoir choisi une cinq couleurs ? «Parce que les clients demandent des teintes très précises. Nous étions obligés de faire plusieurs passages.
Maintenant, tout sera réalisé en un seul. Cette machine va nous ouvrir de nouveaux marchés. Dans les deux ans, nous devrions avoir une progression de 50 % et surtout concurrencer les Espagnols qui ont des coûts de main-d'œuvre et des charges moindres. »

D'hier à aujourd'hui

Onze salariés travaillent chez IPM
Onze salariés travaillent chez IPM
(Source:E. Rignault)
Et sur ce marché-là, il faut être inventif. Yves peut parler des progrès enregistrés sur la qualité des papiers, des encres, des machines. Il a même connu l'époque où l'on étendait les feuilles la veille au soir !
« Au début, je faisais les maquettes au pinceau et à la gouache, » se souvient-il. Mais, IPM a vite progressé et a, par exemple, été la première imprimerie en France à mettre en place la dorure à froid. Toujours dans une même logique : « gain de temps, gain de productivité, meilleure qualité ». Aujourd'hui, ce sont les adhésifs et les étiquettes qui sont à la mode.

L'étiquette en son royaume

Le parcours d'une étiquette, de la création à la réalisation, est « un monde à part ». « Suivant le produit à promouvoir, il faut créer un modèle qui attire visuellement l'attention de l'acheteur grâce à sa conception (moderne ou ancienne), la qualité du papier (à plat ou adhésif), l'impression (couleurs et autres “plus” : gaufrage, dorure à chaud, découpe spéciale). “Bon à tirer” en poche, la réalisation commence dans le respect du cahier des charges établi. Deux possibilités : Offset sur papier feuille à feuille ou Flexo sur papier adhésif en bobines, » explique Yves Brandinali. IPM peut sortir 30 à 40 000 étiquettes numérotées par heure.

Toujours mieux

Des étiquettes destinées aux clients du grand Sud- Ouest démarchés par l'unique commercial de l'imprimerie : le patron en personne. Elles fleurissent sur les marchés viticole et agroalimentaire (les Caves, Le Petit Basque, Lou Gascoun, Marie Brizard) mais aussi sur ceux de l'aéronautique (Creuzet). Elles représentent aujourd'hui 70 % du chiffre d'affaires d'IPM, un chiffre en progression de 23 % en 2003. Yves Brandinali souhaite le stabiliser « dans le contexte actuel ».
D'autant que « la conserve revient ». « Je travaille avec des marges réduites mais jamais les machines ne s'arrêtent. » Ce qui fait dire d'IPM qu'elle est « une structure légère qui travaille beaucoup ».

Esprit d'entrepreneur, esprit famille
Bosseur, optimiste, motivé, Yves Brandinali « pense à tout, tout le temps ». L'imprimerie d'aujourd'hui n'est plus celle de Gutenberg. Tous les bénéfices sont réinvestis. « Nous avons commencé petit avec deux salariés.
En 14 ans, nous avons fait 1,5 M€ d'investissements et nous sommes aujourd'hui onze. » Fait rare. L'imprimerie, c'est aussi savoir se démarquer vis-à-vis des concurrents (notamment avec des grands formats).
A 54 ans, il ne songe pas à la retraite et pense à une étiquette hologramme. En l’imaginant, il forme son fils Cyril au même concept intellectuel que lui.
Chez les Brandinali, l'esprit de famille est fort. « Je pourrais écrire un livre sur ma vie » conclut-il. Mais en attendant, il en édite pour les autres…

C.B.
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