Société Nouvelle des Bouchages d'Albret
(article extrait du magazine Confluent n° 46)
- Date de création : 1916.
- Lieu d'implantation : Barbaste.
- Signe particulier : leader sur le marché français du JOINT.
- Client à signaler : Christian Dior.
- Site Internet : http://www.snba.fr
Le marché explose, crèmes et parfums ne sont plus l'apanage des femmes. Côté homme, les soins au masculin, c'est la séduction assurée, dit-on. La jeunesse s'enivre d'eau de toilette. "Cela nous donne un avenir lumineux, avoue Christine Darrouzet, directeur général de la Société nouvelle des bouchages d'Albret (SNBA) et qui a pris la succession de son mari Michel, aujourd'hui à la retraite.
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Car il n'y a plus simplement le parfum, il y a toute la gamme autour. Les chiens ont même aujourd'hui la leur: Oh my dog ! " Et plus les gammes s'étendent, plus la SNBA produit ces "rondelles" que l'on trouve au fond des couvercles et qui assurent, par l'étanchéité, la protection parfaite des produits. Si parfaite que Dior, Hermès, Calvin Klein, Cacharel, Clarens, Guerlain utilisent les joints réalisés à Barbaste.
La SNBA a assuré la succession de Gaston Darrouzet, le fondateur, et s'est alors spécialisé dans les bouchons haut de gamme pour la parfumerie et le bouchage des produits pharmaceutiques. Fini pourtant le temps des topettes du grand-père, ces topettes (dont l'utilisation première était la fermeture des tubes de vanille) en liège de première qualité qui servaient à boucher les luxueux flacons en Baccarat ou en Saint Louis. "Le grand-père Raoul en faisait des milliers", se souvient Christine. Il y avait alors peu de cosmétologie, mais Dior était déjà là pour ses eaux de toilette. Dior, qui prend directement ses joints chez Darrouzet depuis trente ans.
De la topette au joint d'étanchéité
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| Société des bouchages d'Albret (Source:E. Rignault) |
La vie aurait ainsi pu avoir le parfum du liège, du vin et de Dior. La révolution engendrée par un nouveau matériau en a décidé autrement, il y a vingt ans. "On nous a proposé la licence du Triséal, brevetée par les Américains et achetée par Cebal (passée aujourd'hui chez Pechiney) pour la France."
En voyant cette mousse polyéthylène, Raoul Darrouzet a crié à la catastrophe et n'en a pas voulu. Son fils Michel a été, lui, séduit. "Cebal a alors envoyé la matière première. Nous l'avons testé, Michel a créé les machines adéquates pour la travailler et nous avons pris le pari."
Pari gagné, puisque grâce à cette spécialisation, la SNBA détient à présent les marchés des grandes maisons de l'univers de la cosmétique et du parfum. Christine Darrouzet rappelle les difficultés pour en arriver là : "Il a fallu changer la manière de travailler, prospecter de nouveaux marchés, adapter les machines..."
Des joints par milliards
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| Leader français, la SNBA produit des joints pour les plus grands noms de la cosmétique (Source:E. Rignault) |
Aujourd'hui, ce sont des milliards de joints qui sont découpés dans une large gamme de matériaux, Triséal, Trésylène, Alvéo, agglo alu, carton, aluminium, PS 113, etc. Des joints qui vont de 7 à 130 mm standards et spécifiques, des joints de toutes les couleurs, papiers argent, doré, bleu, rouge. Des joints soumis à de nombreuses contraintes techniques avant d'être vendus directement aux parfumeurs, aux capsuliers (une bonne dizaine en France) ou aux verriers.
La société doit s'adapter à des commandes très ciblées car, outre l'étanchéité parfaite, "les joints doivent préserver les parfums et les crèmes et bien sûr, ne pas être allergisants".
"On nous envoie un pot en primeur, explique Christine Darrouzet, et nous devons faire des préconisations pour en assurer l'étanchéité. Il y a, en effet, des joints d'épaisseurs diverses, des films qui résistent aux solvants mais qui sont inadaptés en cosmétologie. Nous ne pouvons donc pas découper n'importe quoi. Nous ne bloquons pas le processus de création des designers ; au contraire nos joints n'ont pas de contrainte de taille ou de forme." Une fois réalisés, les échantillons des différents modèles sont adressés au donneur d'ordre qui va tester les matériaux. "Il y a des joints d'étanchéité dans tout, rappelle Christine. Il faut les adapter aux produits."
Son succès, SNBA le doit aussi à son organisation. Entreprise à dimension humaine et à "l'esprit de famille", la SNBA allie réactivité et souplesse, qui lui ont valu le surnom de "Samu de la rondelle". "Nous devons pouvoir répondre au client sous 48 heures." Cela implique beaucoup de stock de matériaux divers dans toutes les épaisseurs et de toutes les densités. "Nous pouvons proposer le One Day Manufacturing : toute commande passée par téléphone ou par fax part le lendemain, même si nous devons démonter une machine cinq ou six fois pour faire plaisir à un client." Les outillages destinés à la SNBA, souvent imagés par Michel Darrouzet ou Alain Garcia, sont réalisés par les établissements Joseph Cruanas à Lavardac.
Un leader français
Les résultats sont là. Leader national dans le secteur de la cosmétique, c'est la SNBA qui apporte la meilleure solution. Son seul concurrent est plus spécialisé sur l'alimentation, secteur qui, à la SNBA, ne représente que 20% de l'activité (les joints pour les bouteilles d'Oasis ou de Martini) avec les cirages Kiwi, les huiles moteur ou les produits pour piscines.
La SNBA sait que ses clients, "ses meilleures cartes de visite", sont exigeants. Elle doit donc "veiller" même si, sur les trois dernières années, le marché a été en plein essor. Du joint en aggloméré contrecollé avec un film aluminium grande parfumerie, aux joints adhésifs qui facilitent la pose, tout évolue. "En effet, nous sommes en permanence à la recherche de nouveaux matériaux pouvant trouver leur application dans presque tous les secteurs industriels."
Exemple : le débouché du joint scellable présent chez les grands distributeurs et les joints en série pour l'alimentaire.
Le chiffre d'affaires de la SNBA suit le cours des grandes marques : 7,5 MF en hausse de 20% en 1999 et 10% en 2000 ; 85% des joints sont vendus en France alors que 80% des produits finis s'envolent vers les Etats-Unis ou les Emirats arabes, protégés par les rondelles signées Darrouzet.
La société évolue. La SNBA n'a plus pour effigie l'illustre ambassadeur d'Albret, Henri IV. La quatrième génération Darrouzet, des filles, a trouvé que "cela faisait un peu vieillot et que ce n'était plus représentatif de l'activité de l'entreprise".
Un nouveau logo pour une image nouvelle de la SNBA, dirigée aujourd'hui par une femme de choc qui espère qu'une de ses filles assurera la suite. Juste retour des choses à l'heure où les hommes deviennent soucieux de leur épiderme.