|
Dans le cadre de la commémoration du centenaire de
l’élection d’Armand Fallières (1841 - 1932) à la présidence
de la République, le Service éducatif des Archives départementales
de Lot-et-Garonne a voulu, à travers les événements politiques, les
évolutions sociales, les avancées techniques qui ont émaillé
le septennat du président gascon, et à partir de documents originaux puisés
dans le riche fond des Archives départementales, approcher de près la société
française de la Belle Époque.
En premier lieu, l’élection d’Armand Fallières,
qui fait entrer la province à l’Élysée, marque
l’installation définitive d’une IIIe République
aux institutions désormais solidement inscrites dans l’usage
politique. Le nouveau président, élu le 17 janvier par le
Parlement par 449 voix sur 848 votants, fait figure d’homme de l’équilibre,
à la fois plébiscité par les voix de gauche et les
modérés. Ayant parcouru un « exemplaire cursus honorum
républicains » qui le conduisit de la mairie de Mézin
à la présidence du Sénat puis à l’Élysée,
Fallières incarne en ce début de XXe siècle une République
qui se présente comme le régime démocratique par
excellence, mais également comme celui d’une France arrivée
à maturité politique après plus d’un siècle
de tâtonnements et de crises. Avocat de formation, il représente
à lui seul cette génération d’hommes politiques
entrés en scène avec l’installation de la République
et qui ont grandi dans son giron. Il est aussi, de ce fait, à ranger
parmi les stéréotypes de la bourgeoisie de province, maître
dans son domaine et endossant l’habit du représentant politique
dans l’exercice de la IIIe République.
Il est de coutume d’associer la France de Fallières
à la « Belle Époque », et de qualifier son septennat
de « sans histoire ». Malgré tout, il faut
garder à l’esprit que l’expression « Belle Époque
» a été forgée par référence
à la Grande Guerre de 1914-1918 : sortie meurtrie du conflit, l’Europe
notamment aurait mis fin à une grande époque heureuse et
prospère d’avant guerre, disparue dans les crises d’un
après guerre tumultueux. Si la France de Fallières est effectivement
marquée par une embellie économique et de nets progrès
techniques et scientifique, tout n’est pas réglé dans
cette France encore largement rurale. La question sociale s’affirme
avec force : structuration des syndicats, grèves, émeutes
scandent la chronologie 1906-1913 sans offrir encore de réelles
solutions aux populations les plus pauvres et les plus fragilisés
par les transformations que connaît le pays. Car si la croissance
économique est bien réelle, entrecoupée de quelques
crises passagères, la richesse reste concentrée aux mains
d’un petit nombre et les inégalités sont criantes.
Le monde ouvrier, si divers mais si marqué par la pénibilité
du travail et sa durée, donne donc de la voix, et la Charte d’Amiens
de 1906 appelle à l’action syndicale et à la remise
en cause d’une société très cloisonnée.
Le monde des campagnes, lui aussi, tout en voyant arriver les premières
machines agricoles et s’ouvrir de nouveaux marchés, vit encore
au rythme lent des saisons et des cultures traditionnelles. L’exode
rural, réel, ne pèse pas encore sur des campagnes qui connaissent
alors une sorte d’âge d’or : campagnes pleines et actives
où l’agriculture fournit travail et salaires à une
masse de petits propriétaires et d’ouvriers agricoles à
la fois très individualistes mais aussi très solidaires
lorsqu’il le faut.
Les villes, quant à elles, ont pris leur essor, gagnent des habitants
aux dépens des campagnes marquées par le malthusianisme,
et symbolisent aux yeux des contemporains la réalité d’un
progrès réel : villes des lumières et du cinématographe,
villes des grandes parades et des expositions, de l’automobile et
du métropolitain qui compte 63 kilomètres de voies en exploitation
à Paris en 1909.
Urbains comme ruraux lisent de plus en plus et la presse connaît
un vif succès : les titres se multiplient et diffusent informations
et publicités sur tout le territoire : citoyens et consommateurs,
les Français sont à même de critiquer et peser sur
les questions qui les préoccupent, certains voyant ici l’amorce
d’une « culture de masse » et d’un premier degré
d’uniformisation conduisant à la naissance de « l’opinion
publique ».
En ce qui concerne sa place et son rang dans le monde, la France
de Fallières reste une réelle puissance, tant politique
qu’économique, même si elle a perdu en Europe sa prétention
à en être la plus grande. Elle est sortie de son
isolement diplomatique en s’alliant avec la Russie et en se rapprochant
de la Grande Bretagne, avec pour point de fuite un renforcement de son
poids diplomatique et militaire face à une Allemagne concurrente
et en pleine expansion. Modernisée et tournée vers l’offensive,
l’armée de conscription apparaît comme un outil au
service de la puissance de la France, puissance européenne et coloniale
dont la politique étrangère est active.
Ainsi, les années 1906-1913 doivent être replacées
dans un temps plus long et perçues autrement qu’à
travers le prisme déformant de la « Belle Époque ».
La France est alors marquée par des contrastes forts : contrastes
sociaux, contrastes entre secteurs économiques dynamiques et pesanteurs
culturelles, contrastes enfin entre ses aspirations sur la scène
internationale, et les réalités d’un monde en plein
bouleversement.
Il s’agit donc de mettre en perspective ces contrastes, en partant souvent de l’échelle
locale : nous avons pour cela choisi de concentrer notre propos autour de quelques thématiques
permettant de retracer, avec les élèves, un tour d’horizon de cette
période, des transformations et des pesanteurs qui la caractérisent..

|
|
 
I.
La République du Président Fallières
- Introduction
- Les documents.
- Fiches corrections 
II.
La France du président Fallières, une Belle Époque ?
- Introduction
- Les documents
- Fiches correction 
III.
La France entre 1906 et 1913 : une puissance internationale ?
- Introduction
- Les documents
- Fiches correction.
Un
document de synthèse
- Fiche correction 
Bibliographie

Liens
|