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1ère partie :
Le contexte de la campagne électorale et la victoire du Front populaire

2ème partie :
La campagne électorale, les élections et la victoire du Front populaire : l'exemple du Marmandais

3ème partie :
Le Front populaire au pouvoir : l'exemple du Lot-et-Garonne et de Renaud Jean

4ème partie :
Les échecs, la chute du Front populaire, la reprise des grèves : un regard Lot-et-garonnais

Conclusion

Bibliographie

Exercices


Le Lot-et-Garonne des années trente : 1ère partie

V Déjà des grèves, mais des échecs :

Novembre / décembre 1935 : grève aux usines Granges d'Agen
(fabrication de foudres et cuves) Quelques années auparavant cette entreprise employait 700 ouvriers. Petit à petit ses effectifs ont fondus. La rumeur d'une fermeture prochaine provoque la grève. A l'issue du mouvement, l'effectif des salariés sera fixé à une douzaine.

L'exemple de Monsempron (Société des produits réfractaires de Fumel et Libos, 7 Fi 182/20) document.4

Données générales sur la grève : (Source : rapport du préfet de Lot-et-Garonne à la direction du Travail, ministère du Travail et de la Prévoyance sociale du 7 février 1936) 10 M 38
Durée de la grève : 20 décembre 1935 à 15 heures / 23 janvier 1936
Société par actions, siège à Paris, directeur de l'usine : Monsieur Auzel
Etablissement ayant le monopole dans sa production : produits réfractaires pour la construction des fours et pour la Marine française (pyrotechnie)
Pas de syndicat ouvrier ni patronal
Pas de contagion de la grève à d'autres usines
Attitude de la municipalité face aux grévistes : très réservée
Grévistes par métiers et qualifications :
Chauffeurs de four : 1/4
Mouleurs : 7/8
Ajusteurs, tourneurs, forgerons, modeleurs : 11/15
Enfourneurs, défourneurs, presseurs : 22/22
Manœuvres : 50/53
Total : 91/102

Grévistes par âge et sexe en fonction de la durée de grève :
  Hommes Femmes Enfants Toyal
Pendant le 1er quart de grève 74 2 15 91
Pendant le 2e quart de grève 73 2 15 90
Pendant le 3e quart de grève 67 2 15 84
Pendant le 4e quart de grève 62 2 15 79


A l'issue de la grève : 48 sont réembauchés dès le 23 janvier 1927 seront réembauchés par la suite; 15 ne se sont pas faits réinscrire; 1 a été congédié. Cause principale de la grève : une demande d'augmentation de salaire de 25 à 30% selon les postes ( en fait rétablissement des primes supprimées depuis quelques mois). Ressources durant la grève : souscription (7 0000 francs récoltés) + dons en nature (réunions publiques à Monsempron, Fumel, Villeneuve). Attitude du patron : refus, par principe, de négocier avec comme justification le fait que les revendications furent exposées après le début de la grève. · Des entrevues, infructueuses, entre les délégués ouvriers et le patron. Intervention du juge de paix le 27 décembre 1935 (selon la loi sur la conciliation et l'arbitrage du 27 décembre 1892) : acceptation par les ouvriers mais refus du patron. Poursuites et condamnations à l'encontre de grévistes ayant molestés un ouvrier (de nationalité portugaise) voulant se rendre au travail durant la grève (violation de la loi du 25 mai 1864 sur la liberté du travail). Échec de la grève : aucune augmentation de salaire.

Le fil des évènements :

20 décembre 1935 :
· Grève sans préavis à 16 heures après une réunion secrète au café Roudergues de Monsempron : délégation auprès du patron, mise en place d'un comité de grève siégeant au café Roudergues (en face de l'usine), grève dans le calme, meneur identifié comme communiste et délégué de la C.G.T. (M. Larsen).
La délégation mené par Larsen, à l'origine semble t-il de la cessation du travail, est reçue par le directeur de l'usine (Auzel). Ce dernier dit à Larsen qu'il ne traitera pas avec lui car il n'est pas salarié de l'entreprise.
· 2h35 après, le préfet est avisé que les meneurs sont de la C.G.T. et que 45% des grévistes sont des étrangers (italiens, portugais...)
· le préfet fait envoyer des troupes de gendarmerie (10 gendarmes) pour "le maintien de l'ordre et la sécurité des usines et la liberté du travail"
21 décembre :
· Nouvelle entrevue des délégués grévistes avec le directeur après que celui-ci ait avisé le siège de son entreprise de la situation : licenciement des ouvriers qui n'auront pas repris le travail le lundi matin.
Le directeur refuse toujours de dialoguer avec Larsen.
La délégation ouvrière laisse la copie des revendications.
· Le préfet apprend par le sous-préfet que Larsen est le pseudonyme de Maurice Rabatel qu'il ne travaille pas à l'usine et qu'il n'est pas de la ville.
· La grève se poursuit dans le calme.
22 décembre 1935 :
Le commandant de gendarmerie de Villeneuve avise les autorités locales, régionales et nationales :
· Que les revendications des grévistes portent sur une augmentation de salaire mais aussi sur de meilleures conditions de sécurité et d'hygiène.
· Que la grève "a été provoquée par le parti communiste".
· Que le directeur de l'usine joue le bras de fer.
· Que les grévistes ont décidé de ne pas céder. (Mais que le mouvement commence à s'effriter).
· Que le soit disant Larsen est natif du Rhône, qu'il est séparé de sa femme et vit maritalement à Savignac dans le canton de Monflanquin avec Marie Delliot, elle-même séparée... Désigné par la C.G.T.U., il est l'acteur principal de la grève. Au travers de lui, le parti communiste voudrait étendre la grève aux usines métallurgiques de Fumel (600 ouvriers) sujettes à un chômage partiel.
· Qu'un meeting est prévu pour le 23 décembre au café Rouquet à Fumel. Le nom des intervenants au meeting est fourni.
23 décembre 1935 :
Le préfet informe les ministères du Travail et de l'Intérieur de la grève, de ses motivations et de son déroulement... ainsi que de l'efficacité des services préfectoraux pour éviter tout dérapage. Il précise que le commissaire spécial d'Agen (l'ancêtre de nos renseignements généraux) a entrepris une enquête sur le leader de la grève. Il demande de plus amples détails sur ce personnage.
La direction de l'entreprise l'ayant averti qu'il avait la loi pour lui dans son refus de tout compromis, le préfet signale qu'il a fait appel au juge de paix qui devrait intervenir "dans quelques jours" pour camer le jeu.
Il est précisé qu'un nommé Chassaigne, venu de Bordeaux, a été délégué par la C.G.T.U. pour prêter main-forte à Larsen.
24 décembre 1935:
Un inspecteur des services spéciaux avise son supérieur (le commissaire) qu'à l'occasion de la réunion de Fumel au café Rouquet :
· Des syndicalistes (C.G.T.U., Syndicat confédérés des métaux), des élus de gauche (S.F.I.O., communistes) et la Ligue des droits de l'homme prirent la parole.
· 350 personnes étaient présentes.
· Chacun des orateurs reconnaît le bien fondé du mouvement (et le rôle joué pour l'avenir de son organisation).
· L'orateur communiste - paysan (Rambaud), de la mouvance Renaud Jean, souligne la nécessité d'une alliance ouvriers - paysans face au capitalisme.
· Le socialiste (Nénon) reste très général et met en avant les qualités de son parti.
· Le communiste (Chassaing) en appelle à la fraternisation entre policiers et grévistes.
· Le militant de la Ligue des droits de l'homme (Tulet, instituteur), au départ très chahuté, encourage les grévistes à adhérer à un syndicat et à traiter avec les autorités sous-préfectorale et préfectorale.
Pour la police les responsables du mouvement sont Larsen, Rambaud et Chassaing donc le parti communiste.
Larsen chercherait à étendre la grève aux usines de Fumel. Mais on apprend que le secrétaire du Syndicat confédéré des ouvriers métallurgistes de Fumel (Noël) ne s'engage pas dans cette voie, la jugeant vouée à l'échec.
26 décembre 1935:
Une délégation d'ouvriers se rend auprès du greffe de la justice de paix du canton pour demander un arbitrage et une conciliation (loi du 27 octobre 1892). Le directeur de l'usine en est avisé par lettre recommandé. 3 ouvriers viennent d'être embauchés pour remplacer les grévistes.
L'ensemble des ouvriers grévistes adhère à un syndicat unique : la C.G.T.U.
27 décembre 1935:
Le directeur de l'usine répond au juge de paix qu'il refuse toute conciliation. Pour lui, les ouvriers ayant quitté leur travail sans avoir formulé la moindre revendication, il y a eu rupture de contrat de travail. Ces ouvriers ne font plus partie du personnel. Il n' y a donc pas lieu de négocier quoi que ce soit. Si les ouvriers veulent revenir travailler, il faut qu'ils viennent se faire réembaucher.
Rappel par les grévistes des revendications du 21 décembre auxquelles s'ajoutent de nouvelles : document.5
· reconnaissance et respect du droit syndical
· aucun licenciement pour cause de grève
· reconnaissance des délégués à la sécurité (recommandations de l'Inspecteur du travail)
Refus du maire de recevoir une délégation des grévistes.
Le commandant de gendarmerie, s'adressant à ses supérieurs, laisse présager d'une fin prochaine de la grève.
Pour l'instant la situation est calme, mais des forces supplémentaires de gendarmerie sont tenues en réserve.
30 décembre 1935:
Lettre du comité des grévistes adressée à tous les élus afin de présenter la situation et d'obtenir leur soutien dans la démarche entreprise auprès du préfet.
Cette lettre laisse sous-entendre que les ouvriers grévistes sauront se souvenir de l'attitude des élus lors des prochaines échéances électorales.
La tension augmente : un seul ouvrier a repris le travail, le comité de grève fait pression sur les ouvriers non grévistes, l'usine est gardée jour et nuit par les gendarmes, un ramassage journalier des ouvriers non grévistes est organisé par la direction sous la protection de la gendarmerie.
31 décembre 1935:
Le Maire de Fumel demande au préfet si le fonds municipal de chômage pourra être utilisé en faveur des ouvriers grévistes qui ne seront pas repris par l'entreprise.
Le préfet reçoit une lettre des ouvriers en grève lui demandant d'intervenir comme conciliateur et de recevoir leur délégation.
3 janvier 1936:
Le préfet reçoit à la préfecture une délégation des ouvriers de l'usine (Larsen en est donc exclu).
6 janvier :
L'inspecteur départemental du travail (Forges) transmet les résultats de son enquête au préfet :
· en matière de salaires et de durée du travail, rien ne semble répréhensible. Au plus, s'agit-il de situations exceptionnelles ou de négligences.
· pour l'hygiène et la sécurité : rien de bien alarmant, mauvaise foi des ouvriers, aménagements acceptés par le directeur
· pour le travail des enfants : aucune violation de la loi
· au total,
griefs des ouvriers infondés
bonne volonté du directeur de l'usine,
grève d'origine politique manipulée par Larsen qui devrait bientôt se terminer sur un échec.
7 janvier 1936:
Meeting des grévistes à Fumel : 300 auditeurs.
Larsen, C.G.T.U., présente la situation et se montre optimiste pour la suite du combat.
Noël, au nom de la C.G.T. en appelle à la mobilisation de toute la population et demande à Larsen de s'effacer afin de ne pas braquer le directeur de l'usine.
Aurin, de l'Union départementale unifiée, apporte le soutien et la contribution financière des ouvriers agenais. Il encourage les grévistes, félicite Larsen et critique l'attitude des autorités et des élus. Il justifie le comportement du préfet par sa volonté de racheter des erreurs commises à Paris dans son précédent poste…
Il prône "l'unité pour vaincre le patronat".
Larsen conclue en décidant la poursuite de la grève.
9 janvier 1936:
15 ouvriers nouveaux venant de la région parisienne ont été embauchés, 1 ouvrier a repris le travail.
11 janvier 1936:
Soirée dansante à Fumel en soutien aux grévistes : 200 personnes
Quête en faveur des grévistes à la réunion "Front populaire" d'Agen.
12 janvier1936 :
Camion de vivres envoyé par un communiste (Broqua) aux grévistes
15 janvier 1936:
La gendarmerie a notifié à Larsen qu'il avait été condamné par le tribunal correctionnel de Dijon à 3 mois de prison et 100 francs d'amende pour tentative d'escroquerie et complicité.
16 janvier 1936:
Le ministère de la Marine (dont l'usine de Monsempron est sous-traitante) demande au préfet des précisions sur la grève.
Menaces et altercations entre trois ouvriers grévistes et un ouvrier ayant repris le travail (Tous d'origine portugaise). La victime porte plainte. Le commissaire spécial demande au préfet d' expulser du territoire national les agresseurs pour "entraves à la liberté du travail".
18 janvier 1936:
Le préfet répond à la lettre du ministère de la Marine en soulignant que tout a été provoqué et manipulé par Larsen de la C.G.T.U.. Il a bon espoir que tout rentre dans l'ordre très rapidement.
20 janvier 1936:
La "maîtresse" de Larsen, venue lui prêter main forte, a été l'objet d'un procès-verbal de la part la gendarmerie pour "défaut de visa de son récépissé de demande de carte d'identité d'étranger".
Peu après Larsen et sa compagne quittent la ville...
22 janvier 1936:
Tous les ouvriers grévistes se sont rendus à l'usine pour être réembauchés sans condition.
43 grévistes ne furent pas repris (dont 8 étrangers). Ils on été remplacés pendant la grève.
2 grévistes ont refusé la réembauche.
   
 

Plan du chapitre


I. Le contexte politique international

II. Le contexte national

III. Le contexte "local", le département le plus rural de France


IV. Paysage politique et syndical dans le Lot-et-Garonne

V. Déjà des grèves






       
 
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