La seconde guerre mondiale fut en matière de propagande
un creuset : se mettre en scène devient vital pour Vichy
et pour ses opposants.
Dès le début du
conflit les autorités françaises avaient mesuré l’importance
de l’opinion et elles renouaient avec des pratiques largement utilisées lors
de la guerre de 1914-1918. Pétain devenu vice-président du Conseil, la maîtrise
de l’information gouvernementale passa entre les mains des fidèles du Maréchal.
Celui-ci sut, dès les mois de mai et juin, utiliser auprès de l’opinion
sa cote de popularité héritée de son passé glorieux et de son
âge… pour imposer l’armistice. Il s’imposa comme la figure emblématique
de la sagesse et de la résistance à l’envahisseur. Au fur et à
mesure de l’avancée allemande, le discours de Pétain trouvait de plus
en plus d’écho dans l’opinion tandis que le gouvernement français
semblait dépassé. Le 14 juin 1940, les Allemands entraient dans Paris.
A ce moment–là,
pour la majorité des Français, la seule personne encore crédible était
Pétain. La suite est connue. Pétain devient président du Conseil, demande
l’armistice, traite avec l’ennemi, transfère son gouvernement à
Vichy, obtient les pleins pouvoirs et … met fin à la République. Aux
yeux de la majorité la logique n’est pas perçue. C’est la défaite
qui enterre les libertés et la République. Le Maréchal évite
le pire.
L’importance du contrôle
de l’opinion s’impose très vite aux yeux du gouvernement. Au fil du temps,
des évènements le discours se fait plus incisif, puis exclusif et enfin haineux.
Dès 1942 ce sont les “ durs ” du régime qui contrôlent l’information
et à partir de 1944 les “ jusqu’aux boutistes ”. Le propos se radicalise.
Au départ il s’agit de justifier la capitulation et l’armistice, puis
d’expliquer la défaite ett de légitimer la collaboration : le coupable
étant l’Anti-France.
Avec le rationnement et le STO,
le discours prend une tournure plus offensive. On désigne des opposants (les Anglais,
le félon de Londres) et on présente un projet (la Révolution nationale).
Dès novembre 1942 l’opposant devient ennemi (les Alliés, les communistes,
les gaullistes) et le projet plus précis (construction de l’Europe contre le
bolchevisme autour de l’Allemagne). A partir de 1944 l’Anti-France est désignée
comme la cause de tous les maux et la thématique du complot occupe le devant de la
scène (le Juif, les Communistes, les Alliés, les Gaullistes, la Résistance)
autour de la rhétorique de la lâcheté et de la trahison à laquelle
on oppose la nécessité d’une victoire de l’Allemagne.
Au moment de la Libération,
les partisans les plus zélés de la Collaboration trouvent une liberté
de parole sans précédent que leur laisse la débandade du régime
de Vichy. Les attaques anti-sémites se font tous les jours plus virulentes et les
appels à la délation systématiques. Mais ce discours est alors peu
efficace. L’opinion générale a basculé du côté des…
vainqueurs.
Au bilan, la propagande de Vichy
échoua. Elle pêcha, dès le début, par manque de modestie et par
mépris du public auquel elle s’adressait. Reprenant des procédés
et des thèmes, qui avaient faits le succès de l’extrême droite
dans les années trente, Vichy n’avait pas mesuré les effets des progrès
de l’instruction et l’efficacité de la propagande de gauche durant la
même période. Même si nous ne pouvons parler d’esprit critique
à propos de la masse de la population, il est clair qu’en 1940 il existe une
opinion publique et que celle-ci sait se nourrir d’informations contradictoires. Au
fil des évènements et des changements de rapport de force, l’évolution
de cette opinion sera très nette. Face à Vichy, on passera de la confiance
à l’interrogation puis au doute et enfin au rejet.
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